Statue de lion : que symbolise ce gardien de pierre ?
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Le premier lion dont je me souviens est celui de Bartholdi, à Belfort, où j'ai grandi. Il est en grès rose, long de 22 mètres, adossé à la falaise, et il ne protège aucune porte : il commémore le siège de 1870-1871. J'ai compris assez tôt qu'une statue de lion en dit moins sur l'animal que sur celui qui l'a fait installer.
La posture, la patte, le regard, la matière et l'emplacement changent ce qu'une statue de lion évoque. Un lion couché gueule fermée et un lion rugissant ne donnent pas la même impression, et un lion tourné vers la rue ou vers la porte non plus.
- Signification d'une statue de lion : depuis les palais assyriens, on place un lion sculpté pour protéger une entrée, montrer un rang ou veiller sur un tombeau. Ces usages existent encore aujourd'hui, du perron à la cheminée.
- La posture : couché gueule fermée, calme et vigilance ; rugissant, avertissement ; assis, autorité ; patte sur une boule ou sur un lionceau, les deux lions d'une paire chinoise.
- Paire ou statue seule : la paire encadre une entrée symétrique ; un seul lion convient à un perron étroit ou à une console.
- Orientation : dans plusieurs traditions de lions gardiens, la statue regarde vers l'extérieur, en direction des visiteurs.
- Matières : pierre et pierre reconstituée pour l'extérieur, bronze pour la finesse du détail, résine patinée pour l'intérieur et les petits formats.
- Entretien : nettoyage doux seulement. Ni nettoyeur haute pression sur la pierre, ni produit abrasif sur une patine.

Signification d'une statue de lion : la garde d'un seuil
À l'origine, une statue de lion marque une entrée. Elle impressionne celui qui arrive et protège, symboliquement, ce qui se trouve derrière la porte. Deux autres usages se sont ajoutés avec le temps. Le lion sert d'emblème, celui d'une famille, d'une ville ou d'une institution, comme sur un blason. Et il veille sur les morts, aux pieds des gisants et sur les monuments funéraires.
Pourquoi le lion plutôt qu'un autre animal ? Les cultures qui l'ont sculpté n'ont pas laissé d'explication. On peut seulement constater qu'un lion mâle se reconnaît de loin grâce à sa crinière, même immobile, et qu'elle donne au sculpteur un volume facile à traiter autour de la tête.
Aujourd'hui, une statue de lion devant une maison ou sur une console reprend un peu de cette idée, sans la solennité d'un palais. Elle marque une entrée et elle dit quelque chose des goûts de celui qui l'a choisie. Les modèles de statues de lion en pierre, en résine et en bronze existent dans toutes les postures décrites plus bas, et c'est par la posture que je conseille de commencer.
D'où vient le lion gardien : de l'Assyrie aux perrons du XIXe siècle
Les premiers lions sculptés connus sont placés aux portes, l'endroit le plus vulnérable d'un bâtiment. Aux portes des palais assyriens de Nimrud, au IXe siècle avant notre ère, puis de Khorsabad au VIIIe, se dressent les lamassu : des colosses à corps de taureau ou de lion, ailés, à tête humaine. Ceux du Louvre, venus du palais de Sargon II, mesurent 4,40 mètres. Ils protégeaient les entrées et les fondations contre les puissances néfastes, et impressionner les visiteurs faisait partie de leur rôle.
L'Égypte fait du lion un compagnon des dieux, avec Sekhmet à tête de lionne, et un gardien de nécropole avec le Sphinx de Gizeh. En Grèce, on le trouve aux portes et sur les tombes : les deux lionnes en fronton de la porte de Mycènes, vers 1250 avant notre ère, les lions de marbre de Naxos alignés à Délos au VIIe siècle, le lion de Chéronée, dressé au IVe siècle sur la tombe des Thébains tombés face à Philippe de Macédoine. Rome multiplie les lions funéraires et les têtes de lion qui crachent l'eau des fontaines.
Le Moyen Âge chrétien couche le lion aux pieds des gisants, où il symbolise le courage, la force et la justice du défunt, et donne à Venise son lion ailé de saint Marc, un livre ouvert sous la patte. À la Renaissance, les deux lions de la villa Médicis à Rome, l'un antique retravaillé, l'autre sculpté par Flaminio Vacca à la fin du XVIe siècle, servent de modèle à d'innombrables copies, encore aujourd'hui : couché sur le flanc, la tête tournée, une patte posée sur une sphère. Le XIXe siècle les installe en fonte ou en pierre sur les perrons des banques, des mairies et des hôtels particuliers.
C'est en Chine, depuis la dynastie Han, que les règles sont les plus précises. Les lions gardiens chinois, les shishi, vont par paire devant les palais, les temples et les tombes. Le mâle pose la patte sur une boule brodée, la femelle retient un lionceau, et chacun a sa place, à gauche ou à droite ; j'y reviens plus loin.

La posture d'une statue de lion : couché, assis, rugissant, patte sur la boule
Le même lion, sculpté couché ou rugissant, ne donne pas la même impression. Voici ce qu'on associe généralement aux postures les plus courantes :
- Couché, tête haute, gueule fermée. Calme et vigilance : il observe, il ne menace pas. C'est la posture des lions Médicis et de leurs copies. C'est celle que je préfère : un lion qui ne rugit pas paraît plus sûr de lui.
- Couché, tête posée sur les pattes. Repos, souvenir. Cette posture convient devant une cheminée ou sur un bureau ; sur un perron, le lion a simplement l'air de dormir.
- Rugissant, gueule ouverte. Avertissement. Sur un grand portail ou un mur d'enceinte, cette posture est à sa place. Devant une maison ordinaire, ça en fait souvent trop. Chez l'animal, le rugissement sert d'ailleurs moins à menacer qu'à se signaler.
- Assis, poitrail droit. Autorité. C'est la posture des lions de banques et de palais de justice du XIXe siècle.
- Patte sur une boule. Contrôle d'un territoire, sur le mâle des paires chinoises comme sur les lions Médicis.
- Patte sur un lionceau. Protection de la descendance, sur la femelle des paires chinoises.
Deux autres types de lions ne représentent pas un gardien : le lion des blasons, dressé sur ses pattes arrière, et le lion ailé de saint Marc. Ils identifient une famille, une ville ou une foi. Placés à une entrée, ils servent d'emblème plus que de protection.

Les postures de statue de lion en un tableau
| Posture | Ce qu'on lui associe | Origine | Où elle convient |
|---|---|---|---|
| Couché, tête haute, gueule fermée | Vigilance calme | Lions Médicis et leurs copies | Perron, allée, entrée intérieure |
| Couché, tête sur les pattes | Repos, mémoire | Art funéraire | Cheminée, bureau |
| Rugissant, gueule ouverte | Avertissement | Portails de palais | Grands portails, murs d'enceinte |
| Assis, poitrail droit | Autorité | Banques et tribunaux du XIXe siècle | Entrée professionnelle |
| Patte sur une boule | Contrôle d'un territoire | Lions Médicis, mâle des shishi | Perron, en paire |
| Patte sur un lionceau | Protection de la descendance | Femelle des shishi | Perron, en paire |
| Lion ailé au livre | Saint Marc, Venise | Iconographie chrétienne | Décor mural |
Pierre, marbre, bronze, résine : matières et patines d'une statue de lion
La matière détermine ce que la statue supporte dehors ; la patine joue beaucoup sur l'aspect. Une résine bien patinée à la main est souvent plus agréable à regarder qu'un marbre reconstitué brillant, et une pierre naturelle mal placée s'abîme en quelques hivers.
La pierre et la pierre reconstituée sont faites pour l'extérieur. Elles blanchissent, se creusent, se salissent dans les creux, et en général ça leur va bien. Ce qui les abîme, c'est le gel, quand l'eau stagne dans les cavités ou sous le socle. Le bronze permet le détail le plus fin, jusqu'à chaque mèche de la crinière ; dehors il vire lentement au vert, dedans il reste sombre et chaud, et cette patine fait partie de l'objet, il ne faut pas la prendre pour de la saleté. La fonte est la matière des perrons du XIXe siècle, lourde, sans grande finesse, à protéger de la rouille sur les arêtes. La résine, enfin, est la matière des petits formats et de l'intérieur : légère, précise dans le détail quand le moule est bon, et présentable à condition que la patine soit mate et posée en plusieurs couches.
Pour juger une patine, regarde les creux : sur un objet qui a vraiment vieilli, le fond des mèches est plus sombre et les arêtes plus claires. Une patine passée uniformément se voit tout de suite sous une lumière rasante.

Où placer une statue de lion : orientation, paire, hauteur
Dans plusieurs traditions de lions gardiens, les statues sont orientées vers l'extérieur, en direction des visiteurs. Dans les paires chinoises placées devant certains temples, palais ou entrées, cette orientation est bien documentée. Un lion tourné vers la porte de la maison va à l'encontre de cet usage, et cela se voit souvent sur les perrons.
Quand l'entrée est symétrique, une paire peut encadrer le passage ; on retrouve ce dispositif dans plusieurs traditions, notamment sur des exemples chinois et italiens. Dans la tradition chinoise, le placement est précis : en regardant vers l'extérieur depuis l'entrée, c'est-à-dire dans la même direction que les lions, le mâle à la boule se tient à gauche et la femelle au lionceau à droite. Sur une entrée décalée, un perron étroit ou une console, un seul lion est souvent préférable à une paire serrée.
Pour la taille, il n'y a pas de règle précise : on juge à l'œil. Je trouve que le lion est mieux quand ses yeux arrivent à peu près à la hauteur de ceux du visiteur, ce qu'un socle permet d'ajuster. Ensuite, il faut penser à la stabilité :
- Poser la statue sur une surface plane et dure, une dalle ou une marche, jamais sur du gravier meuble.
- Lester les modèles creux avec du sable sec quand la base le permet.
- Reculer et regarder depuis le trottoir : c'est de là qu'on voit si l'orientation et la taille conviennent.

Choisir sa statue de lion selon ce qu'on veut en faire
Le plus simple est de partir de l'endroit où ira la statue. Pour garder une entrée, un lion couché gueule fermée, en pierre ou en pierre reconstituée, en paire si l'entrée s'y prête. Pour une entrée professionnelle, un lion assis ou une patte sur la boule, dans une matière sombre. Pour l'intérieur, une console, une cheminée ou un bureau, un format réduit et une patine mate qui ne renvoie pas la lumière.
Ce lion ne convient pas à une console ni à un bureau : 78 cm, c'est un format de sol. Pour l'intérieur, une tête de lion sur socle, plus petite, fait mieux. Dehors, la résine se leste et se cale avant l'hiver, comme la pierre.

Entretenir une statue de lion sans abîmer la patine
Il faut nettoyer doucement, jamais décaper. La patine est le résultat de plusieurs années d'exposition ou d'un travail de finition ; un nettoyage agressif l'enlève très vite.
Pour la pierre et la pierre reconstituée en extérieur : de l'eau, du savon noir ou du bicarbonate, une brosse à poils souples non métalliques, une fois par an. Jamais de nettoyeur haute pression, qui arrache la surface et rend la pierre poreuse, ni de produit acide. Un hydrofuge tous les quelques années limite les mousses et les dégâts du gel. Pour le bronze : un chiffon doux, de l'eau tiède savonneuse si besoin, un séchage soigné, puis une cire microcristalline en couche très fine une ou deux fois par an ; il vaut mieux laisser le vert-de-gris que le gratter. Pour la résine patinée : un pinceau large et sec dans les creux, une microfibre à peine humide sur les surfaces, aucun solvant, aucune éponge abrasive, parce que la patine est posée en couches fines et part au premier frottement appuyé.
Avant l'hiver, une statue d'extérieur gagne à être surélevée de quelques centimètres sur des cales : quand l'eau stagne sous un socle et gèle, elle peut fissurer la base, et cela arrive bien avant que la pluie n'abîme le relief.
Le même lion en plus petit : heurtoir et bague
Le heurtoir tête de lion en est la version la plus ancienne et la plus discrète : le visiteur saisit l'anneau tenu dans la gueule pour frapper à la porte. Sur les heurtoirs anciens, le nez et l'anneau sont souvent plus clairs que le reste, parce que les mains les ont polis au fil des années. Une tête de lion murale reprend la même idée dans un couloir ou au-dessus d'une porte intérieure.
Il existe aussi une version à porter. Une bague tête de lion reprend le motif du lion de face, le plus souvent gueule fermée. Pour la bague comme pour la statue, je conseille de ne pas multiplier les lions : un par pièce, un par tenue, c'est suffisant. Pour comparer les postures avant de choisir, la collection de statues de lion les réunit.

Questions fréquentes sur la statue de lion
Quelle est la signification d'une statue de lion ?
Une statue de lion évoque d'abord la protection d'une entrée, et souvent le rang de la famille ou de l'institution qui l'a fait installer. Dans l'art assyrien, des lions et autres figures protectrices étaient placés aux entrées des palais pour marquer et protéger ces passages ; le lion sert aussi d'emblème, sur les blasons et les monuments, et de gardien des tombes.
L'effet recherché devant une entrée est plus calme que menaçant, et cela se joue sur la posture : couchée ou assise plutôt que rugissante. Au Québec, une tradition populaire associe parfois les lions devant la maison au remboursement de l'hypothèque.
Que signifie la boule sous la patte d'un lion ?
Sur les lions gardiens chinois, la boule brodée sous la patte du mâle représente le contrôle du monde ou du domaine ; la femelle, elle, retient un lionceau. Sur les lions Médicis et leurs copies, on rapproche souvent la sphère des boules qui figurent sur les armoiries de la famille ; on y voit aujourd'hui un signe de pouvoir.
Faut-il une paire de lions ou une statue seule ?
La paire quand l'entrée est symétrique, parce qu'elle encadre le passage ; une statue seule sur un perron étroit, une entrée décalée ou une console. Dans une paire chinoise, en regardant vers l'extérieur depuis l'entrée, le mâle à la boule est à gauche et la femelle au lionceau à droite.
Dans quel sens orienter une statue de lion ?
Pour une paire chinoise, l'orientation vers l'extérieur est le dispositif documenté sur de nombreux exemples. Pour un perron domestique, l'orientation relève surtout de la composition recherchée. Tourné vers la porte, il ne protège plus rien, symboliquement. Sur une console d'entrée, on le place de façon qu'il regarde encore vers la porte d'entrée et non vers l'intérieur de la maison.
Comment nettoyer une statue de lion sans abîmer la patine ?
Pierre : eau, savon doux et brosse souple, jamais de haute pression. Bronze : chiffon doux et cire microcristalline en couche fine, sans gratter le vert. Résine : pinceau sec dans les creux et microfibre à peine humide, sans solvant ni éponge abrasive.
Le monument représente sous forme colossale un lion harcelé, acculé et terrible encore en sa fureur. Auguste Bartholdi, à propos du Lion de Belfort
Regarde ton entrée depuis la rue avant de décider.